Après les éliminations au Mondial, les images de Cristiano Ronaldo en larmes, Neymar profondément touché, Luka Modric ému ou encore Manuel Neuer marqué par la déception ont rappelé une chose : pour certains des plus grands joueurs de leur génération, la sélection nationale occupe une place à part, qui dépasse les titres et les statistiques.
Au même moment, Riyad Mahrez, après l’élimination de l’Algérie et l’annonce de sa retraite internationale, a choisi de répondre aux critiques en rappelant son parcours et son palmarès. Deux attitudes différentes qui alimentent aujourd’hui le débat.
« Ceux qui passent leur temps à commenter dans les plateaux télé n’ont même pas réalisé 5 % de ce que j’ai accompli au cours de ma carrière. » En prononçant cette phrase, Riyad Mahrez a rappelé une réalité incontestable : il possède l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du football algérien. Mais le timing de cette sortie a surpris une partie des supporters. Après une élimination difficile à digérer et un dernier match sous le maillot des Verts, beaucoup attendaient davantage un message empreint d’émotion, de gratitude ou de regret qu’une mise en avant de son parcours personnel.
Très critiqué sur plusieurs plateaux de télévision durant cette Coupe du monde, le capitaine algérien a choisi de répondre en mettant en avant ses accomplissements. Une défense compréhensible au regard de sa carrière, mais qui soulève une autre question : une légende nationale se construit-elle uniquement avec des trophées ?
Le palmarès ne suffit pas toujours à écrire une légende
Être le joueur algérien le plus titré de l’histoire est une réalité. En revanche, cela ne met pas automatiquement fin au débat sur le plus grand joueur qu’ait connu l’Algérie.
L’histoire du football ne retient pas seulement les vainqueurs ; elle retient aussi les joueurs qui ont marqué les grands rendez-vous et laissé une empreinte durable.
Rabah Madjer en est l’un des meilleurs exemples. Vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations en 1990 avec l’Algérie, il est également entré dans la légende du football européen en remportant la Coupe des clubs champions avec le FC Porto en 1987. Lors de la finale contre le Bayern Munich, il a inscrit sa célèbre talonnade et délivré une passe décisive, jouant un rôle déterminant dans le sacre portugais. Il est aussi le premier buteur de l’histoire de l’Algérie en Coupe du monde grâce à sa réalisation lors de la victoire historique face à l’Allemagne de l’Ouest (2-1) en 1982, l’une des plus grandes nations du football mondial. Des exploits qui continuent d’alimenter son statut de légende.
À l’inverse, Riyad Mahrez a remporté la Ligue des champions avec Manchester City en 2023, un accomplissement majeur, mais sans participer à la finale. Deux trophées prestigieux, mais avec une implication différente dans le match qui a consacré leur équipe.
Au-delà de Madjer, un autre nom revient systématiquement lorsqu’il est question des plus grandes légendes du football algérien : Lakhdar Belloumi. Considéré comme l’un des meilleurs joueurs africains de son époque, héros de la victoire historique contre l’Allemagne de l’Ouest lors du Mondial 1982, Belloumi continue d’incarner, pour de nombreux supporters, le talent, le génie et l’élégance du football algérien.
Avant les deux légendes Belloumi et Madjer… Hacène Lalmas…. Surnommé « le Maestro », Hacène Lalmas a incarné la première grande génération du football algérien. Meneur de jeu talentueux et buteur prolifique, il a rapidement imposé son style avec les Verts, devenant l’un des premiers symboles de l’équipe nationale. Son toucher de balle, sa vision du jeu et sa capacité à faire la différence ont contribué à forger l’identité du football algérien et à inspirer les générations qui lui ont succédé.
La CAN 2019, le triomphe d’une génération
Avec les Verts, Mahrez restera à jamais associé au sacre de la CAN 2019. Mais ce titre est avant tout celui d’une génération exceptionnelle, composée notamment de Raïs M’Bolhi, Djamel Benlamri, Aïssa Mandi, Ismaël Bennacer, Youcef Belaïli, Baghdad Bounedjah et Islam Slimani.
Le moment le plus marquant de Mahrez dans cette compétition restera son coup franc victorieux face au Nigeria en demi-finale, devenu une image iconique du football algérien. Mais ce sacre est le fruit d’un collectif, porté par un groupe qui a su écrire l’une des plus belles pages de l’histoire des Verts.
Une question d’héritage
Le débat ne remet pas en cause la carrière exceptionnelle de Riyad Mahrez, ni son importance dans l’histoire du football algérien. Il interroge davantage la manière dont les supporters évaluent l’héritage d’un capitaine.
Les trophées comptent, tout comme les statistiques. Mais pour beaucoup, une légende se construit également à travers son impact dans les grands rendez-vous, son rôle au sein d’un collectif et l’émotion qu’elle laisse lorsqu’elle quitte la scène internationale.
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